Rien à voir avec le reste... Long article très intéressant sur le Zimbabwe, qui recapitule un point de vue qui m'est cher: la liberté de penser, en Afrique, comporte comme l'une de ses deux conditions principales la liberté vis-à-vis de l'information occidentale (l'autre condition étant la liberté vis-à-vis des forces conservatrices, en Afrique), en prenant comme cas d'étude le dilemme zimbabwéen (histoire sans happy end possible: ou les Occidentaux parviennent à imposer leur Pétain au petit pied, ou Mugabe continue à s'encroûter dans la débacle programmée, jusqu'à sa mort: histoire d'un problème qui n'avait pas lieu d'être, et illustration du terrible orgueil occidental). En avril dernier, j'étais en compagnie d'une journaliste américaine, assez raisonnable me semblait-il, et en partie d'origine africaine. Elle me parla à un moment du Zimbabwe, qu'elle qualifia de "honte de l'Afrique". Je la regardai, stupéfait, comme mis devant une des ces curieuses marques de folie politique ordinaire qu'on rencontre parfois chez les gens les plus sensés. Que le Zimbabwe soit un problème, je le veux bien. Que cela soit uniquement de la faute des Africains et de Mugabe, j'étais sidéré de voir à quel point il pouvait être naturel de le penser. Aux Etats-Unis, on rencontre cette déraison surtout par rapport à la Palestine, et j'en avais toujours blâmé les médias et le contrôle des faiseurs d'opinion sionistes. Mais on ne peut pas en dire autant du Zimbabwe, et cette femme fait partie des "médias": elle fabrique peut-être de l'opinion, mais apparemment, c'est sur la base d'une conviction sincère, la conviction selon laquelle (comme je pus le constater en l'écoutant sur divers autres sujets) en Afrique en tout cas, l'Occident ne peut jamais avoir tort, ou seulement par accident. Cette assurance, cet orgueil, en impose aux Africains, comme je l'ai souvent constaté en voyant comment leur presse répète et défère à la presse occidentale. J'ai aussi rencontré à Dakar, à Ouaga, des personnalités qui étaient souvent invitées, sur fonds d'organisations occidentales, pour participer à telle ou telle conférence, rencontre, séminaire, visant à résoudre la crise zimbabwéenne et à implanter la démocratie au Zimbabwe. A chaque fois, je les ai entendus répéter avec application les phrases occidentales (droits de l'homme, démocratie, etc.), et puis, devant mon silence (il aurait fallu faire chorus), ils devenaient soudain interrogatifs et révélaient leur scepticisme et leur incrédulité. Le faire trop publiquement risquait cependant de les priver de l'accès aux retombées financières de la complicité avec l'Occident. Je ne dis pas d'ailleurs que cette complicité soit toujours et nécessairement une mauvaise chose. Mais dans le cas précis du Zimbabwe, elle montre à nue ses fondations: la Wille zur Macht -- la volonté de puissance -- occidentale en Afrique.
On peut raccrocher ce propos au tissu actuel du blog à travers le fait suivant: s'il y a, comme le dit l'auteur de cet article, un système occidental, il agit à certains égards comme un Etat unifié, sous suzeraineté américaine, et ce système essaie en fait de produire l'Afrique qui lui convient. La fonction principale de l'Etat (mais j'anticipe) est de produire une certaine réalité politique, y compris, quand il est ou veut être assez puissant pour cela, bien au-delà de ses frontières. La production de cette réalité, l'auteur de cet article le voit bien, passe aussi et surtout par les médias, surtout, dans ce cas, ceux dits (assez faussement, mais aussi, assez caractéristiquement) "internationaux" (Contradiction inscrite dans le nom même de RFI: Radio "France" Internationale: radio nationale internationale, en clair). Si bien qu'en Afrique les démocrates (au sens radical de ce mot, bien entendu) doivent se battre sur deux fronts: contre la Wille zur Macht occidentale, et contre les ennemis plus conventionnels des démocrates radicaux, les forces sociales veules et bêtes qu'on trouve partout. Il y faut un degré de conscience qui n'est pas requis à ce point dans d'autres contextes, et on peut comprendre pourquoi si peu d'Africains y parviennent!
Voici l'article:http://grioo.com/ar,l_image_globale_de_la_crise_au_zimbabwe_en_attendant_qu_une_certaine_presse_africaine_se_libere_de_la_tutelle_coloniale,15273.html
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